Ce qu'il y a de paradoxal quand on voyage, ou quand on commence à avoir vécu à de nombreux endroits différents, c'est qu'on se sent chez soi à la fois partout et nulle part. Que je sois en France ou en Nouvelle Zélande, j'ai toujours le sentiment qu'une partie de moi est restée sur l'autre continent.
Quand je suis en Nouvelle Zélande, ce sentiment est en partie dû à la famille et aux amis que j'ai laissés en France.
Quand je suis en France, l'origine de ce sentiment tient plutôt du "moi" qui s'est construit en Nouvelle Zélande et qui n'est pas encore tout à fait achevé pour être transporté "avec moi", justement.
Ce moi de Nouvelle Zélande parle anglais, a un autre cercle d'amis, fait des choses qu'il ne peut pas faire en France, mange de la nourriture différente, évolue dans un environnement différent. Été, hiver, faune, flore, course du soleil et de la lune, mes repères ici sont différents. C'est tout un quotidien qui se retrouve remplacé par un autre. Une notion de familiarité à réapprendre.
Une fois que ce nouveau quotidien est en place, le retour à l'ancien quotidien (le temps d'un séjour en France par exemple) n'est pas difficile. It just feels so weird I even can't express it properly. Un peu comme si on se retrouvait projeté dans le passé. Les habitudes de vie française. Les habitudes de vie néo-zélandaise. Les deux existent sans s'opposer. Mais l'une et l'autre ne peuvent se produire au même moment. Il faut faire ce long voyage, presque un jour complet d'avion à 1000 km/h, et presque 48h porte à porte, pour pouvoir passer d'une habitude de vie à une autre.
Le fait de posséder ces deux habitudes de vie, d'un côté et de l'autre du globe, amène ce sentiment surréaliste que le monde est à la fois vaste et ridiculement petit.
Quand on décide de partir vivre à l'étranger pour une longue durée, il y a un certain nombre de dispositions, notamment matérielles, à (entre)prendre.
"C'est pareil à chaque fois qu'on déménage!" me direz-vous.
Mais non, quand on déménage dans le même pays, on a peu de limitations matérielles. On peut faire appel à une société de déménagement, ou s'en occuper soi-même. On va bien sûr devoir trier et tout mettre en cartons, mais globalement toutes vos possessions terrestres vont vous suivre dans votre nouveau lieu de vie.
Quand on part vivre de l'autre côté du monde, c'est impossible. Hélas ou heureusement?
Les inconvénients
La plupart des compagnies aériennes ne vous permettent de voyager qu'avec deux valises en soute par personne.
Entre les vêtements, les chaussures, et quelques objets vitaux (par exemple votre ordinateur accompagné de son chargeur), il ne reste pas beaucoup de place pour des livres ou des objets auxquels vous êtes attachés.
Je vous entends d'ici: "Oui mais les filles ont tellement de vêtements et de chaussures, c'est normal de ne pas pouvoir tout emporter."
Alors primo c'est un cliché. Et deuxio même sans être un accroc aux chaussures, le minimum c'est de pouvoir emporter une paire pour l'été (sandales ou baskets), une paire pour l'hiver (chaussures fermées chaudes), et une paire de chaussures de randonnées (hé on est en Nouvelle Zélande quand même). Voilà, trois paires de chaussures. Emballez-les et mettez les dans une valise. Regardez l'espace que ça prend. C'est absolument dingue!!
Prévoir ce dont vous aurez besoin est difficile.
Evidemment vous pouvez toujours acheter ce qu'il vous manque sur place. Mais quand on voyage dans l'optique "rester un-deux ans", on ne veut pas s'encombrer de choses qu'on ne pourra pas rapporter.
Pratiquement parlant, vous allez vivre avec le contenu de vos deux valises pendant une durée indéterminée. A moins que votre projet de vie ne soit parfaitement défini ("je vais rester X années au même endroit"), évidemment.
Si vous êtes riche, vous vous fichez d'optimiser le ratio objets emportés vs objets rachetés.
Mais si vous voulez faire attention à vos dépenses, qu'allez-vous choisir d'emporter? Un peu de matériel de cuisine? Des outils? Ne risquez-vous pas d'être trop prévoyant, et d'emporter quantité d'objets qui ne vous serviront pas?
Et pour les vêtements, est-ce que cette veste sera suffisamment chaude? Est-ce que vous pouvez vivre en rotation sur 5 t-shirts, ou est-ce que vous allez être tellement lassé au bout de trois mois?
Trier ses affaires et établir un classement de priorité sur ses possessions est mentalement épuisant.
Comment choisir quels objets emporter?
Pas besoin d'évoquer de gros objets inutiles. Pensez simplement à votre matériel de peinture, la petite horloge que votre mère vous a offerte "pour que vous pensiez à elle", votre trousse de bijoux, le carnet où vous écrivez vos poèmes, ce porte-clés offert par votre meilleur ami, ces quelques photos de votre famille et vos amis...
C'est mentalement épuisant de trier et décider si on emballe ou on emporte tel ou tel objet. Qu'est-ce qui a plus d'importance: une paire de chaussures de sport ou bien des cadeaux faits par votre famille ou vos amis à votre fête de départ de France? ...
Votre vie ne peut pas tenir dans une valise (et même pas deux non plus).
Si vous n'avez pas la possibilité de stocker vos possessions dans une cave ou un grenier parental, la séparation d'une partie de votre histoire peut s'avérer difficile. Pour nous heureusement, nos familles ont accepté de stocker la majeure partie de nos choses.
Meubles, livres, vêtements supplémentaires, objets en tous genres... Même si peut-être que rien ne vous manquera, vous serez heureux de les retrouver, et surtout soulagé que tout ceci soit en sécurité quelque part, sans avoir besoin de tout transporter avec vous.
Peu importe le temps que vous aurez passé à trier et prioriser, tout ne rentrera pas dans les valises du premier coup.
A moins que vous soyez un champion de l'estimation des volumes.
Donner ou emballer... c'est aussi oublier.
Dans la phase de tri, vous allez décider de vous séparer de certaines choses, vêtements ou objets, car non, on ne peut pas tout garder indéfiniment.
Et quand bien même vous décideriez de tout garder, ça va être emballé et stocké dans un carton pendant plusieurs années.
Quel sera alors votre souvenir de cet objet?
Tout ce qui habituellement était chez vous, sous vos yeux, disparaît de votre vie quotidienne. Que retenez-vous mentalement de vos possessions?
Le souvenir d'un voyage évoqué par le caillou que vous aviez ramassé et posé sur votre bureau en presse-papier. Le souvenir de cette plage où vous aviez pris quelques coquillages pour les disposer dans le vase de votre salle de bain. Le souvenir de vos grands-parents, qui vous avaient offert ce bibelot qui était devant les livres sur votre bibliothèque. Le souvenir de ces centaines de romans, essais, bandes-dessinées, livres d'art, que vous aimiez relire et feuilleter au hasard en vous arrêtant devant votre bibliothèque.
Le souvenir d'un voyage évoqué par le caillou que vous aviez ramassé et posé sur votre bureau en presse-papier. Le souvenir de cette plage où vous aviez pris quelques coquillages pour les disposer dans le vase de votre salle de bain. Le souvenir de vos grands-parents, qui vous avaient offert ce bibelot qui était devant les livres sur votre bibliothèque. Le souvenir de ces centaines de romans, essais, bandes-dessinées, livres d'art, que vous aimiez relire et feuilleter au hasard en vous arrêtant devant votre bibliothèque.
Que reste-t-il de vos souvenirs lorsqu'ils ne sont plus devant vos yeux?
Les avantages
Moins on possède, plus on est libre de bouger.
Vos possessions se limitent à un volume qu'il vous est possible de transporter par vous-même.
Cela induit une liberté de mouvement, une liberté de décision.
Vous pouvez décider demain de déménager à nouveau, dans une autre ville ou dans un autre pays. Rassembler vos affaires et remplir à nouveau les deux valises va vous prendre une heure ou deux, tout au plus.
Moins on possède, plus on est libre de penser.
Justement parce que chacune de vos possessions est associée à un souvenir (ou à un contenu de pensée dans le cadre d'un livre), le fait de voir ces possessions tous les jours peut encombrer votre esprit et le maintenir en cycle pseudo-fermé:
objet - place - souvenir
Lorsque vous évoluez dans un environnement vide de possessions, votre esprit gagne en créativité, en curiosité, en liberté.
Moins on possède, plus on est libre de vivre.
Lors de mes précédents déménagements (de France à France), j'ai toujours tout emporté avec moi. Peu de choses sont restées chez mes parents. Je n'ai plus "ma chambre d'ado", tout y a disparu. Les objets emportés avec moi, les meubles donnés. Depuis le jour où j'ai quitté le domicile familial, j'ai littéralement toujours tout transporté avec moi.
C'est donc la première fois que j'ai réellement effectué une séparation matérielle de 95% (volumique) de mes possessions.
Et qu'est-ce que ça fait du bien. Si, si, je vous assure.
Evidemment il y a, comme je l'évoquais précédemment, ce sentiment de sécurité présent dans ma tête, qui me dit "ne t'inquiète pas, tes possessions sont bien rangées dans le grenier/la cave des parents/beaux-parents". Mais à l'exception de quelques objets très précis, je remarque qu'au fil des jours mon esprit accepte peu à peu l'abandon de ces possessions. Peut-être que quand nous rentrerons en France, ce qui me paraissait vital de conserver avant notre départ, sera immédiatement donné ou jeté. En tous cas la priorisation sera complètement différente de celle que j'avais établie en premier lieu.
Tant que c'est encore possible, j'aimerais continuer de vivre avec cette limitation volumique de une ou deux valises. C'est tellement agréable!
N'hésitez pas à donner votre opinion sur le sujet, que vous ayez déjà voyagé ou non!
A bientôt~
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N'hésitez pas à donner votre opinion sur le sujet, que vous ayez déjà voyagé ou non!
A bientôt~
J'imagine que si à votre âge, j'avais déménagé pour une longue période à l'étranger, j' aurais emporté du papier, de la peinture, un carnet, des crayons, un couteau, et plusieurs livres.
RépondreSupprimer(Je n'ai jamais su partir ne serait-ce qu'un weekend sans emporter au moins deux livres !)
et certainement pas un coupe-oeuf ! Et ces dernières années : un ordinateur évidemment et une liseuse! Tout dépend aussi de la destination, pays en voie de développement ou pays riche.
Je pense aussi que moins on possède plus on est libre.
Les objets encombrent la place et l'esprit. Mais certains objets racontent une histoire, apportent un peu de poésie, de fantaisie, de rêve ou un plaisir esthétique.
Il y a aussi des objets qui vivent encore dans nos mémoires . Il y a quelque temps, j'ai vu un vieux plumier d'écolier. Il ressemblait peu au mien, celui-là était beaucoup plus ancien. Mais il a ravivé le souvenir de mon plumier d' il y a 50 ans environ. J'ai ressenti un peu de nostalgie. Je ne sais pas ce qu'est devenu ce plumier, je regrette de ne pas l'avoir.
Donc ce que nous gardons dans un carton ou sur une étagère ne nous sert parfois à rien mais qui sait si dans vingt ans, quelqu'un ou soi-même ne sera pas heureux de les découvrir et d'en raconter l'histoire ?
Donc, pour la râpe à fromage … faut-il que nous prévoyons de vous en envoyer une dans un mois ou deux ? Si on avait su plus tôt ….Je n'ai jamais voyagé avec un objet insolite (sauf retour de voyage) mais on a quand même failli ajouter une râpe à fromage dans notre valise, j'imagine la tête des douaniers !
MaTiwi
Tout cela (notamment la partie "c'est aussi oublier") décrit très bien ce qu'elle veut décrire (oui, je sais...). On oublie aussi même si on ne voyage pas - on parle de l'oubli de l'enfance, mais je crois qu'on oublie aussi une grande partie de sa vie adulte !
RépondreSupprimerSuNo